Guillaume Tell
 
 
 
 
 
 

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ENIS BATUR


Il était carquois
Guillaume Tell
Histoire soi-disant apocryphe


Traduit du turc par
Ferda Fidan


Avant de lire, mélanger avec de l’eau.


La cueillette des pommes est commencée.
Tout comme au commencement de la saison de la chasse : c’est une cérémonie, dont le cadre s’est, a été formé préalablement, lentement au travers des siècles, - j’entends les voix : la fanfare, les chiens, les armes aux crosses déjà chaudes, ils avancent parmi les arbres, les torches à la main : la nuit n’est pas achevée.
Je vais vous raconter une autre histoire, car si vous venez de raconter une histoire, au moment où elle s’achève, avant même qu’elle ait eu le temps de parvenir à toutes les oreilles qu’elles pouvaient atteindre, elle fait naître d’elle-même la suivante, elle la prépare : chaque histoire s’écrit en fait au milieu de ses voisines, chacune de ses couches se mêle à d’autres couches, elles lancent de conserve une passerelle infinie au-dessus du vide, elles ne sont que les lambeaux épars d’une seule et grande histoire.
C’est sans doute pourquoi ils ont commencé à faire cueillir les pommes. Ils constitueront des tas aux quatre coins. Des tas rouges, vertes, jaunes. Quand bien même nous ne pouvons voir les feux allumés entre eux, nos yeux n’auront pas de mal à distinguer les volutes de fumée qui s’élèveront.
Quand on a commencé à faire cueillir les pommes, mon attention se focalise sur le verbe, c’est mon habitude : quand je croise le regard d’un verbe, je ne peux me défendre de le regarder fixement :
L’addition d’un professeur de mathématiques en retraite, de lacets usagés, d’objets de même nature, utiles ou non, mettent en éveil mes perceptions, je ne peux m’empêcher de penser, d’imaginer - une voix en moi donne l’ordre de ramasser, je me mets tout doucement à collectionner.
Il faudra qu’un jour je renonce à cette habitude.